Anciennement la Coupe Rogers

Je me souviens : Nadal – Agassi ou le passage de témoin

1 août, 2019

Si la voix populaire montréalaise avait été sondée pour établir l’affiche rêvée de la finale des Internationaux du Canada de 2005, Rafael Nadal et Andre Agassi auraient indubitablement amassé le plus de suffrages (hors représentants « unifoliés »).  

La fougue, la couverture de terrain et la grinta d’un côté du filet ; l’expérience, les retours fulgurants et la vitesse d’exécution de l’autre, le charisme en trait d’union.

Le souhait des mordus du tennis aura donc été exaucé. Le dimanche 14 août 2005, le tout jeune Taureau de Manacor et le Kid de Las Vegas (plutôt au crépuscule de sa carrière) se font bien face pour une partie forcément empreinte de symboles.

Près de 15 années plus tard, le souvenir demeure toujours aussi vif dans l’esprit des partisans présents dans l’arène ce jour-là, témoins privilégiés d’une page d’Histoire (du jeu) en train de s’écrire.

Âgé de 19 ans seulement, Nadal fait pourtant figure d’épouvantail du tableau. Première tête de série (en raison de la défection de Federer), l’Ibère a déjà conquis huit titres pendant la saison, et son parcours durant le tournoi s’est apparenté à une promenade de santé. Seul son compatriote et futur mentor Carlos Moya lui a ravi une manche au premier tour, le temps pour Rafa de mettre la machine en route.

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Reproduction photo Reuters (extrait journal Le Soleil 15 août 2005)

Face à lui Agassi, 35 printemps au compteur, figure l’ultime écueil et soulève autant d’interrogations que de fantasmes. Son chemin jusqu’en finale prête ainsi à une forme d’optimisme (une petite manche abandonnée au Suédois Björkman). Mieux, il connaît la recette pour s’imposer au Canada (trois succès dans le passé) et maîtrise comme personne le jeu sur Decoturf, quand Nadal présente un palmarès encore vierge de toute victoire en tournois sur surface dure. Pourtant le poids des ans semble faire pencher la balance du côté de l’Espagnol, monstre d’endurance et de vélocité en défense. L’équation du match se résumant ainsi : combien de temps l’Américain pourra-t-il tenir la cadence ?

Les premiers échanges donnent le ton à ce choc des générations. Agassi refuse de quitter sa ligne de fond et frappe la plupart des balles en demi-volée. L’objectif est double : enlever du temps à Nadal et ne pas subir l’effet bondissant de ses balles. Une prise de risque maximale qui ne semble pas gêner outre mesure Rafa, omniprésent jusqu’à l’écœurement adverse. Le scénario craint prend forme. Le Majorquin se détache irrémédiablement pour conclure la manche 6-3.

Les contrastes entre les deux joueurs sont saisissants. Nadal voltige d’un bout à l’autre du terrain sans signe de lassitude ; Agassi peine à cueillir les amortis adverses. L’Américain enchaîne entre les points à une vitesse supersonique, l’Espagnol impose son rythme et ses mimiques protocolaires au service. 

La deuxième manche atteint des sommets. Bien décidée à maintenir son schéma de jeu offensif à l’extrême, la quatrième tête de série tient tête à la première. Le public a enfin son match et décide de peser de tout son poids dans la partie. Une piqûre d’adrénaline salutaire pour Agassi qui s’en va ravir le service adverse pour équilibrer la marque (4-6). Plus un spectateur ne touche terre. L’Américain lui-même semble extatique. Nadal demeure impassible, donnant l’impression de laisser passer l’orage.

Ni le moral ni le moteur de l’Espagnol n’ont été affectés. Plus conquérant que jamais, il repart à l’assaut avec son coup droit lasso. « Dédé »n’a plus les jambes. Inexorablement, il plie, multipliant les fautes par impatience. La victoire appartient à Rafa (6-2), le passage de témoin est complété. Agassi adoube son successeur, entre admiration et fatalisme.

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Extrait Journal Le Soleil – 15 août 2005

La cérémonie de remise des trophées vaut à l’octuple vainqueur de Grands Chelems une nouvelle salve d’applaudissements nourris. On envisage évidemment qu’il s’agisse de sa dernière visite au Québec, hypothèse qu’Agassi balaie d’un revers (à deux mains) : « On se voit deux ans ! ». Figure de style ou simple vœu pieux ? L’Américain a depuis bien longtemps mérité le droit de choisir son épilogue.

La figure pouponne de Nadal lui succède au micro dans un anglais encore hésitant. Professionnel, il sacrifie à l’exercice conventionnel des remerciements et félicitations à l’adversaire, mais son regard semble ailleurs, déjà tourné vers les prochains royaumes à conquérir.

Photo en vedette : Paul Chiasson

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