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WTA

RIVARD : LA BEAUTÉ DE LA PARITÉ

par Paul Rivard

28 mars 2023

Une question pour commencer.

Préférez-vous applaudir une joueuse qui est la favorite dès qu’elle met les pieds sur le terrain, ou souhaitez-vous une certaine parité qui empêche les prédictions faciles quant à l’issue des matchs et des tournois ?

Cette question se pose tant au tennis féminin qu’au tennis masculin. Tant dans les autres sports individuels que dans les sports collectifs.

Oui, certaine(e)s vous parleront du plaisir d’applaudir les dynasties en sports d’équipes ou encore d’aduler les superstars afin qu’elles aspirent au fameux acronyme G.O.A.T. (Greatest of All Time). Mais pour plusieurs autres, la beauté d’une compétition réside dans l’incapacité d’en prédire le résultat.

Difficile de trancher.

Pour les comités organisateurs de tournois comme l’Omnium Banque Nationale (OBN), on préfèrera toujours voir les têtes de série se rendre le plus loin possible, afin que la « fameuse » logique soit respectée. Mais, évidemment, on ne déteste pas, à l’occasion, voir émerger des négligé(e)s qui viendront surprendre et, parfois, devenir l’histoire « Cendrillon » du tournoi.

C’est exactement ce qui s’était produit en 2021 lors du triomphe de l’Italienne Camila Giorgi.

Un heureux mélange de ces deux situations mène au succès d’une compétition.

LES « CENDRILLONS » EMMA ET LEYLAH

Comment ne pas citer la fameuse finale des Internationaux des États-Unis de 2021, alors que deux histoires « Cendrillon » se sont déroulées simultanément jusqu’à la finale ? Du jamais vu, ou presque.

Ainsi, notre compatriote Leylah Annie Fernandez, qui venait d’avoir 19 ans, avait affronté Emma Raducanu, 18 ans, dans le match ultime, éventuellement remporté par la Britannique.

Elles étaient classées respectivement 73e et 150e avant ce tournoi. Pas vraiment des favorites… à ce moment. Des « Cendrillons » ? Assurément !

Chaque fois qu’une joueuse atteint sa première finale d’un tournoi du Grand Chelem, il s’agit d’une formidable réussite. D’un exploit qui marque d’une pierre blanche le parcours d’une vie. Alors, imaginez quand elle le gagne, ce tournoi majeur. La pierre est un peu plus grosse, forcément.

Vous connaissez le principe : c’est difficile d’arriver au sommet, c’est encore plus difficile d’y rester. Et les jeunes Fernandez et Raducanu le savent… comme bien d’autres avant elles. C’est une tendance que l’on constate depuis 10 ans. Et qui risque de s’installer pour longtemps.

Je me suis amusé à retourner 10 ans en arrière, repassant sur les 40 derniers tournois du Grand Chelem. Qui étaient ces finalistes ? Qui a triomphé ? Qui s’est qualifiée souvent pour ces finales ? Qui n’y est pas retournée ? Les données sont révélatrices.

BEAUCOUP D’APPELÉES, BEAUCOUP D’ÉLUES

Tenez-vous bien, elles sont 36 femmes à avoir participé au moins à une finale d’une épreuve du Grand Chelem au cours des 10 dernières années, soit depuis janvier 2013. Comme il n’y a eu que trois tournois en 2020 – première année de la pandémie – j’ai inclus les Internationaux d’Australie de janvier dernier afin d’atteindre un chiffre rond, soit 40 tournois.

Ainsi, 36 joueuses pour ces 80 places en finales majeures au cours de ces 10 ans.

Chez les hommes, c’est la moitié : 19 seulement. Mais vous en connaissez la raison ou le surnom : « Big 3 », ce trio céleste formé des Djokovic, Nadal et Federer. Si on ajoute les Murray et Wawrinka, qui revendiquent six et quatre présences en finale, vous avec cinq joueurs qui prennent 55 des places de finalistes sur 80. Pas beaucoup de parité là.

Mais revenons à ces dames.

Le 26 mars dernier, j’ai suivi le match de troisième tour que Bianca Andreescu a remporté 6-4 et 6-4 aux dépens de Sofia Kenin, à Miami.

Je revoyais sur le terrain deux championnes de tournois du Grand Chelem. Deux lauréates dont l’expérience ne s’est malheureusement pas répétée dans les tournois majeurs, contrairement aux Swiatek (3 titres), Barty (3) et Osaka (4).

Par contre Bianca et Sofia ne sont pas les seules à n’avoir soulevé qu’un trophée du Grand Chelem au cours de la dernière décennie. Si j’exclus la récente gagnante à Melbourne, Aryna Sabalenka, nous parlons ici des Raducanu, Rybakyna, Krejcikova, Stephens, Ostapenko, Pennetta, Wozniacki, et Bartoli.

BIANCA EN RAPPEL

Andreescu s’est hissée au quatrième échelon mondial grâce à une année 2019 phénoménale et couronnée par le titre des Internationaux des États-Unis.

C’était tout juste avant qu’une blessure au genou, subie pendant les Finales de la WTA, ne la précipite dans un maelström de problèmes physiques et de défis psychologiques qui l’ont engloutie pendant les trois années suivantes.

De cinquième, elle s’est retrouvée au 121e échelon de la WTA en avril 2022. Depuis, elle remonte de façon constante vers un groupe qui représente beaucoup plus son niveau et ses aspirations potentielles, le Top 30, qu’elle devrait pouvoir officiellement réintégrer à la suite de sa participation au tournoi de Miami. Et qui sait, en cas de triomphe, le Top 20 ?

SOFIA EN RAPPEL

Quant à l’Américaine, native de Moscou, c’est une histoire à peu près identique qui l’a fait disparaître des écrans radars après avoir participé à deux finales majeures à l’âge de 22 ans.

Opérée pour une appendicectomie en 2021, Kenin a également dû renoncer aux Jeux olympiques de Tokyo et aux Internationaux des États-Unis, en raison de la COVID-19. Puis, en 2022, elle s’est blessée à la cheville gauche à Indian Wells, et n’a pas joué de tournois pendant cinq mois avant de revenir et d’amorcer la lente remontée au classement.

Cette remontée, elle s’est vraiment matérialisée par le biais de participation aux tournois de catégorie W80 de l’ITF et 125 de la WTA à la fin de l’année dernière.

Celle qui était quatrième mondiale en août 2021, s’est retrouvée au 426e échelon 11 mois plus tard. Après son élimination à Miami, elle pourrait à tout le moins réintégrer le Top 150 de la WTA.

Toutes ces joueuses ont des histoires différentes, incluant des historiques de blessures différentes. Il y a tant de facteurs pouvant expliquer cette difficulté à pouvoir répéter l’exploit de la conquête d’un titre majeur.

Une chose est sûre, sans rien enlever aux Evert, Navratilova, Graf et Williams du passé, la parité s’est invitée à la WTA.

Et les seules assurées de gagner à tout coup sont… les personnes dans les gradins ou devant leurs écrans.